Face à une offre immobilière neuve qui s’effondre et des prix toujours hors d’atteinte pour les classes moyennes, Paris et Saint-Ouen lancent une initiative inédite : une foncière publique dédiée au logement abordable. Cibex Pierre Etoile (Projet : résidence Rooftop Antony) décrypte cet outil offensif pour contrer la crise du logement en Île-de-France. Décryptage !
Logement à Paris : un marché inaccessible… et saturé
C’est une réalité que plus personne ne peut ignorer… se loger à Paris devient chaque jour plus difficile ! Le neuf est un mirage pour la majorité des foyers, et pour cause. Le mètre carré se négocie en moyenne à 13 400 euros, et l’offre disponible se réduit comme peau de chagrin. Entre 2019 et 2024, le nombre de logements neufs mis sur le marché est passé de plus de 500 à une vingtaine, selon la FPI Île-de-France. La faute à une raréfaction des terrains, à une pression foncière délirante et à des chantiers relégués aux marges périphériques de la capitale.
La conséquence ? Les familles modestes, les jeunes actifs ou les classes moyennes n’ont plus leur place. Le marché locatif privé suit la même trajectoire délirante, car il faut compter 1 276 euros pour un 50 m² en moyenne à Paris. Résultat des courses, près de 10 000 habitants quittent chaque année la capitale, étranglés par les loyers, piégés par la spéculation.
Une foncière publique pour reprendre la main
C’est dans ce contexte alarmant que les villes de Paris et Saint-Ouen ont décidé de créer une foncière publique commune. Objectif annoncé : racheter des immeubles sur le marché libre et les transformer en logements à loyers maîtrisés. Avec un budget initial de 50 millions d’euros par an, l’entité vise à produire 350 logements abordables chaque année, en s’attaquant directement à la pénurie par la régulation publique. Les loyers proposés seront inférieurs d’au moins 25 % aux prix du marché, un soulagement potentiel pour ces catégories sociales que l’on dit « trop riches pour le social, trop pauvres pour le privé » (jeunes couples, familles monoparentales, salariés du service public).
Au fond, la foncière est une réponse ciblée à une impasse économique, car même avec 25,5 % de logements sociaux déjà comptabilisés en 2023 (en incluant ceux en cours de financement), Paris n’arrive pas à faire face à la demande : 277 000 ménages sont encore en attente d’un logement social, selon l’Apur.
Saint-Ouen, laboratoire du logement en tension
La pression immobilière à Saint-Ouen, en pleine mutation depuis l’arrivée du Grand Paris Express et des Jeux Olympiques, ne laisse aucune marge de manœuvre. Les prix y explosent, même si la ville fait partie des rares à enregistrer une légère baisse des prix dans le neuf (-2,40 % selon le baromètre de l’immobilier d’avril 2025). Malgré tout, la tension reste extrême, alimentée par la demande et les projets d’envergure.
Concrètement, l fonctionnement de la foncière est pensé comme un cercle vertueux. Une fois les logements acquis et confiés à des bailleurs sociaux pour gestion, les loyers perçus seront réinvestis dans l’acquisition de nouveaux biens. Une boucle financière auto-alimentée, pour pérenniser l’effort sans dépendre uniquement de la subvention publique. Cet outil offre aussi une alternative aux opérations classiques de construction, particulièrement complexes à Paris où les terrains disponibles sont quasiment inexistants.
40 % de logements publics d’ici 2035
Derrière cette initiative, une vision se dessine, celle d’une capitale qui refuse la gentrification totale et entend garantir à ses habitants une mixité réelle. Paris s’est fixé un objectif de 40 % de logements publics d’ici 2035, répartis entre 30 % de logements sociaux et 10 % de logements dits « intermédiaires ». Dans un marché à deux vitesses où certains prix flambent (jusqu’à +10 % dans Paris intra-muros), tandis que d’autres zones comme Saint-Denis ou Colombes voient les prix chuter de près de 10 %, la création de cette foncière réintroduit un levier de régulation, là où le marché seul a failli.